Tragi-comédie #coaching #escroc #pervers

Il arrive parfois malheureusement que notre route croise celle d’une personne toxique et perverse. Pire, comme c’est le cas dans l’histoire que je vais vous raconter, il arrive que cette personne représente une figure d’autorité, et que vous la laissiez entrer dans votre sphère, tout simplement parce que cette personne est formatrice ou coach. 

C’est ce qui m’est arrivé, -à moi dont c’est le métier!- il y a quelques temps. En me présentant à la « formation de formateurs » d’une jeune entreprise en pleine croissance pour ensuite  enseigner  à mon tour son programme à ses clients, je suis tombée sur un « coach » pervers qui a bien failli me faire douter de moi. 

Comment dire…

J’ai longtemps hésité sur la manière de partager cette expérience et le message que je voulais faire passer avec. J’ai eu envie de dénoncer le personnage et ses pratiques et de faire du bruit! Et  au fur et à mesure que je racontais ma mésaventure à mon entourage, j’ai discerné le « tragi-comique » de la situation. Comment avais-je pu me laisser faire alors que c’était tellement gros? Moi, tellement expérimentée, tellement sûre de mes valeurs?

Alors il m’a semblé important de rappeler ici quelques messages fondamentaux

  • Lorsque cela m’est arrivé, je n’ai pas compris tout de suite; mais mon intuition m’a envoyé des signaux d’alarme.
  • Quand j’ai commencé à comprendre, j’ai  décidé de ne pas tenir compte de ces signaux, de continuer la  session  en me disant que ce qui comptait le plus  était ce que j’allais en retirer (apprentissages et opportunités de missions immédiates) , et non pas la manière dont la formation était conduite.
  • quand j’ai constaté les dégâts, il était trop tard, et j’ai mis du temps à m’en remettre (je vous explique pourquoi juste après)

Mon message est donc le suivant:

Écoutez votre intuition quand elle vous dit que quelque chose cloche! 
Sachez vous protéger, et protéger les autres. 
Ne vous laissez pas aveugler par le gain que vous pourriez obtenir: il n'y aura pas de gain car vous ne serez pas en mesure de le prendre.
Voici l’histoire en mode tragi-comique 😉

Lorsque j’ai rencontré la dirigeante d’une jeune entreprise de formation en pleine croissance, nous avons tout de suite eu envie de collaborer. J’avais envie de revenir à un format collectif et dynamique tout en poursuivant mes activités de coaching par ailleurs;  les deux pratiques s’enrichissant mutuellement.

De son côté elle cherchait à former une équipe capable d’incarner les valeurs de son entreprise et de déployer son programme de formation à plus grande échelle. J’étais donc ravie d’envisager cette collaboration.

Elle se faisait accompagner dans le développement de son entreprise par un coach, et m’a naturellement demandé de rencontrer cette personne pour entériner notre collaboration.

Épisode 1: Entretien individuel avec le coach

À peine franchi le seuil de son cabinet que le coach fringant d’une cinquantaine d’années m’interpelle:

– « Vous ,rien qu’à vous regarder je suis sûre que vous êtes du genre à n’en faire qu’à votre tête! « . Un peu interloquée je souris en me disant qu’au fond, oui, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu, ce n’est pas faux.  Mais est-ce une sorte de compliment, un accueil qui se veut détendu ou au contraire une pique pour me mettre mal à l’aise?

Très vite, la conversation prend un tour étrange: après m’avoir dit 5 fois de suite que « ce n’est pas un entretien d’embauche » (on parle de finasserie entre salariat et sous-traitance ou bien?), il me pose des questions « réflexives » en grosse quantité : »j’aimerais savoir quelle question vous aimeriez me poser »; « et si je vous  posais la question, quelle question me poseriez-vous? »….

Je commence à ne plus rien comprendre et je me fais même rabrouer lorsque j’ose poser une question « fermée »! (histoire d’y voir un peu plus clair: « est-ce que vous avez envie qu’on travaille ensemble? – « Ah mais ça c’est une question FERMÉE à laquelle je ne peux répondre que par oui ou non.. » – « Ben justement, …)

Le point de non-retour arrive lorsque je commence à piaffer et lui dire que je ne comprends pas ce qu’il veut: « Vous savez, dans un commissariat, c’est celui qui pose les questions qui a le pouvoir, et là, le pouvoir je vous le donne, j’ai l’impression que vous n’avez pas compris! »…Je suis estomaquée. -« Mais je m’en fous moi du pouvoir! » rétorquai-je en me disant en mon for intérieur « toi, si tu veux jouer à ça, on va jouer! ».

Et le voilà qui me demande -enfin!- de parler de mon parcours professionnel Je décide de  lui raconter tous mes échecs. (ricanements). Evidemment il se gausse: « mais êtes vous consciente du NOMBRE DE FOIS où vous avez dit le mot échec? C’est incroyable!!!…Et si vous nous parliez de vos succès? » – « Mais ce sont les mêmes… vous n’avez pas compris? » (re-ricanements)

Je quitte le cabinet sans avoir compris ce qui s’est passé; je ne suis pas plus avancée sur mes perspectives de collaboration avec l’entreprise, je me suis finalement « amusée » dans une sorte de joute verbale pathétique, et …j’ai l’impression d’avoir franchement loupé un épisode.

Quelques minutes après dans la rue je reçois un SMS : « comment vous-êtes-vous sentie dans cet entretien? »….!!!

Episode 2: la journée collective

Finalement, sans aucun débriefing sur ce premier entretien, me voilà conviée à une journée de « formation » où je retrouve une dizaine de personnes qui, je le suppose, sont là comme moi pour intégrer cette équipe de formateurs.

1ere alarme: nous sommes 10 personnes en cercle, et nous ne nous présentons pas les uns aux autres. Une sorte de blind-test musical est supposé faire office de brise-glace… Je ne connais rien dans la playlist, ça commence bien.

Alors qu’une des participantes dira plus tard « ce qu’il m’a manqué c’est que l’on se présente au début » le coach lui répondra: « mais tu étais aussi jugée sur la manière dont tu allais te présenter aux autres spontanément!  »

2eme alarme: nous devons chacun créer une mini-animation/ formation en 10 minutes et la présenter aux autres, face caméra. Les participants font des feedbacks à la fin sur leur ressentis et le coach fait des commentaires sur le langage non-verbal. « Quand tu tournes tes épaule vers la droite, tu ne donnes pas le bon message! ». Ah zut. Je n’ai jamais été aussi mauvaise, et encore une fois ce sentiment très bizarre que je n’apprends rien, qu’aucune information n’arrive jusqu’à moi (je n’ai pas revu la vidéo, les commentaires n’avaient aucun sens pour moi) . Je me sens jugée -et croyez-moi pas en bien!-mais personne ne dit rien. Tout est condescendant.

Je commence à me sentir complètement nulle. Moche. Incapable…J’ai la trouille chevillée au corps (mais je ne comprends pas, d’habitude j’adore tous ces trucs là…)

3eme alarme (sirène d’alarme) : juste avant le déjeuner, nous « debriefons » en groupe, et le coach fait un lapsus : « Dans ce casting… »Stupéfaction du groupe. Ah! Nous sommes donc tous concurrents, et nous ne sommes pas tous là pour apprendre, nous sommes là pour être selectionnés?! Réponse du coach: « ben oui, on n’est pas dans le monde des bisounours! »Nous allons donc être rappelés le lendemain, un par un pour savoir si « nous continuons l’aventure »…

J’apprends au passage, que certains participants travaillent avec le coach et je ne comprends pas s’ils sont là comme observateurs ou participants…

Je ne m’étends pas sur  l’après-midi que j’ai passée dans un brouillard confus. En revanche une dernière saillie du coach m’achève: avant de partir, il nous remet la feuille habituelle d’évaluation, dont la dernière question est la suivante : « indiquez la personne que vous voyez le plus intégrer l’équipe » puis « indiquez la personne que vous voyez le moins intégrer l’équipe « …

Ce qui m’a détruite (momentanément je vous rassure)
  • ne pas avoir réagi quand j’ai compris que l’objectif de la journée n’était pas donnée en début de session, en ayant l’intuition qu’il y a avait là quelque chose de louche ;
  • ne pas avoir demandé un tour de table pour confirmer (comprendre) les rôles et intentions de chacun;
  • ne pas avoir rendue explicite l’idéologie sous-jacente de ces exercices qui était: « si on a affronté les pires conditions à l’exercice, on s’en sortira sur le terrain » (marche ou crève) et m’être interrogée sur le fait de savoir si j’étais d’accord pour ce type d’épreuve, si je me sentais suffisamment protégée et si je jugeais cela constructif et apprenant;
  • m’être laissée entrainer à faire une prestation déstructurante et dévalorisante sans aucune possibilité d’apprentissage et de transformation;
  • n’être pas partie à la mi-journée quand les règles du jeu sont enfin apparues;
  • être suffisamment abasourdie pour ne pas m’insurger publiquement contre le fait d’avoir à « dénoncer » ceux qu’on ne veut pas voir intégrer l’équipe parmi ses camarades.

Conclusion

Je ne me suis pas protégée. Je me croyais suffisamment forte pour jouer à ce jeu. Mais quand les règles ne sont pas données, on est toujours perdant à la fin.

J’ai joué contre mes valeurs pour l’appât de la récompense (de belles missions bien payées). J’ai malgré moi toléré que l’éthique de nos métiers soit jetée aux orties sans autre forme de procès. Et ça m’a amputée quelque chose de moi-même.

Je le répète enfin: rien ne mérite qu’on n’écoute pas la petite voix qui nous dit gentiment: « il y a quelque chose qui coche là-dedans ».. Soudainement, cela me rappelle mon moniteur d’auto-école il y a très longtemps qui m’avait dit: « Quand on n’est pas sûr, il vaut mieux freiner. Se faire klaxonner ne tue pas; avoir un accident, si. »

Freinons, quand nous avons un doute. Ça n'empêche pas de redémarrer si tout va bien.

la fin de l’histoire? Le lendemain j’ai reçu ce fameux coup de fil. Je continuais l’aventure… malgré le fait que je n’étais pas très « solaire ».

Je n’ai pas continué cette aventure là.

Pourquoi les 5 pourquoi, ça ne marche pas?!

« Outils indispensable » pour « éradiquer vos problèmes » la fameuse méthode des 5 pourquoi qu’on vous sert à toutes les sauces dans toutes les formations en management, ou en développement personnel, ça m’exaspère!

Vous connaissez le principe : vous avez un problème. Vous l’énnoncez; puis vous demandez « pourquoi? » vous avez ce problème; vous trouvez une première réponse; vous prenez cette réponse et la soumettez à son tour à la question « pourquoi? »et ainsi de suite, 5 fois de suite; Au bout de ce questionnement vous parvenez à la cause ultime de votre problème.

À ce point, vous êtes donc capable en supprimant la cause… de supprimer le problème.

(Contre-) Exemple:

  • je m’ennuie dans mon travail actuel
  • pourquoi?
  • parce-que je n’apprends rien d’intéressant
  •  pourquoi?
  • parce-que les missions que l’on me confie sont toujours les mêmes
  • pourquoi?
  • parce que personne d’autre n’est mieux qualifié que moi pour les réaliser
  • pourquoi?
  • parce-que mes collègues ne sont pas formés de façon adéquate
  • pourquoi?
  • parce-que l’entreprise n’a pas le temps de les former.

Pensez-vous vraiment que le fait que l’entreprise n’ait pas le temps de former cette personne soit la cause ultime du fait qu’elle s’ennuie? 

Voilà, les sorties de route sont légions avec ce processus et ceci pour deux raisons très simples

1- Si jamais on arrive dans l’une des réponses à une cause extérieure, la démarche n’a plus de sens si on ne peut agir sur cette cause. Dans notre exemple, c’est l’entreprise qui est révélée comme la cause du problème; et l’on ne peut agir dessus (à moins d’en être le patron) donc…

2- Cette méthode est issue de process qui ont été crées pour des machines au Japon! (pour faire court) *

3- les être humains et les entreprises sont des systèmes complexes . De multiples éléments entrent en interaction pour produire des situations qui, parfois, deviennent problématiques. Lorsque différentes variables entent en jeu pour produire cette situation,  l’outil est totalement inefficace, puisqu’il ne peut prendre en compte « qu’une ligne de causalité ». (Ou alors il faudrait le refaire X fois….quel bazar!)

En effet il cherche un lien de cause à effet. Or le lien de cause à effet nous amène à trouver des responsables. And so what? Peut-on vraiment  « éradiquer » tous les éléments responsables de notre problème?

Reprenons l’exemple du dessus en changeant la fin:

  • on me donne toujours les mêmes missions
  • pourquoi?
  • parce-que je n’ai jamais manifesté mon désir de faire autre chose
  • pourquoi?
  • parce que je suis sûre que mon chef va refuser
  • pourquoi?
  • parce que ça ne s’est jamais fait dans l’entreprise.

OK! on a trouvé LA solution! La personne va aller voir son chef en ayant bâti un argumentaire solide sur son potentiel et en faisant des propositions pour former elle-même son successeur. Magnifique. Et si le chef refuse? Retour à la case départ.

Et si le chef accepte mais que finalement la personne ne se plait pas du tout dans son nouveau poste? Certes elle aura résolu son problème d’ennui au sens strict, mais pour autant aura-t-elle vraiment agit dans le bon sens ?

Première conclusion : nous ne sommes pas des machines, contrairement à ce que croient encore certains; les solutions pour les machines ne sont donc pas adaptées aux êtres humains.

Deuxième conclusion: oui la complexité fout la trouille parfois. Et dans ces moments là on aurait très envie qu’un petit process de réparation nous permettent de régler tous nos problèmes. Mais s’il y a complexité, ça veut dire qu’il y a aussi non pas une seule, mais des tonnes de solutions! Et c’est là où ça devient franchement intéressant.

Alors oui, il va falloir chercher, travailler,  être parfois perdu, tester, essayer, recommencer, mais à la fin la solution que nous aurons déployée pour résoudre notre problème de départ sera notre création personnelle sur laquelle on pourra sans crainte s’appuyer pour aller plus loin sur notre chemin.

À très vite pour la suite..

*Cette technique a été à l’origine développée par Sakichi Toyoda puis fut mise en œuvre chez Toyota pendant l’évolution de ses méthodologies industrielles. L’outil a vu son utilisation répandue bien au-delà de Toyota et est maintenant utilisé dans Kaizen, Lean Manufacturing et Six Sigma.