Dans quel océan nagez-vous?

Le livre de Dudley Lynch et Paul Kordis  La stratégie du Dauphinles idées gagnantes du 21e siècle (ed. de l’Homme) est le premier ouvrage depuis longtemps, sur le changement et sur le management, qui rompt avec les métaphores guerrières ou la pensée positive, pour prendre le parti de parler de conscience et d’intelligence. 

Il propose une métaphore très puissante du monde dans lequel nous vivons et de nos organisations, qui permet d’identifier 3 grandes catégories de personnalités selon les stratégies qu’elles déploient pour vivre et survivre.

L’image est celle d’un bassin qui représente notre univers ou notre organisation dans lequel vivent des carpes, des requins et des dauphins. Selon sa conception du monde, chacun adopte des comportements différents face à la vague du changement. 

Sans vouloir  résumer l’ensemble du livre  il m’a paru très interessant de rassembler pour chaque type de personnalité toutes les caractéristiques égrenées au fil des pages pour dresser les « portraits psychologiques » de ces figures universelles.

Je vous propose les 3 archétypes principaux (le livre contient un profil supplémentaire hybride). J’espère que leur finesse vous donnera envie de lire le reste de l’ouvrage et de vous en servir pour découvrir comment devenir un dauphin d’exception! « Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite…. »


Depuis toujours les humains, leurs familles, et leurs organisations ont généralement adopté deux types de stratégies pour faire face au monde: la strategie de la carpe  ou la stratégie du requin. Nous allons voir une nouvelle stratégie beaucoup plus puissante, celle du dauphin, née d’un cerveau qui a compris que le monde change et que nous devons changer aussi; et que ce qui doit changer c’est la qualité et l’ampleur de notre conscience de la complexité, ainsi que notre aptitude à travailler dans cette complexité et à y être à l’aise.

Les carpes

Renoncement et désengagement
  • Le cerveau primitif laisse 3 réactions aux événements extérieurs: le combat, la fuite ou l’immobilité. Les carpes n’en utilisent que deux: elles s’enfuient ou restent figées. Elles se font souvent dévorer.
  • Si elles restent dans leur territoire de carpes avec plein d’autres amies carpes à ne faire qu’un travail de carpe, elles peuvent se sentir en sécurité temporairement.
  • Quand elles ont le choix, les carpes sont d’accord, mais elles préfèrent ne pas avoir à choisir.
  • Les carpes pensent que nous vivons dans un monde de pénurie, que tout est limité . Elles imaginent  que ce que nous avons,  et ce que nous pouvons avoir,  est conditionné par nos comportements structurés et prévisibles.
  • Les carpes s’attendent à ne jamais avoir assez ou faire assez.
  • Les carpes, si elles ne peuvent pas faire autrement que de choisir ou apprendre, préfèrent se sacrifier.
  • Les carpes ont généralement vécu des événements traumatisants  suffisamment dramatiques pour qu’elles se disent « je ne peux pas gagner, ni maintenant, ni jamais ». A cause de cette croyance, les carpes concentrent tous leurs efforts à éviter l’échec. 
  • Les carpes ne peuvent pas faire autrement que penser que le monde est pénurie. Cette croyance devient une hypnose.
  • Les carpes sont toujours dans le coin des « victimes » ou règne la souffrance de ceux qui donnent sans jamais recevoir.
  • Les carpes évitent d’assumer des responsabilités, évitent de faire quelque chose de différent, en étant toujours esclave de quelqu’un d’autre (souvent le « persécuteur » est un  requin)
  • L’état d’hypnose les empêche de reconnaitre la possibilité du changement et  de l’abondance.
  • Les carpes cherchent à comprendre les besoins des autres et cherchent des indices subtils de ce que les autres attendent d’elles.
  • Il leur est facile de croire qu’elles sont nées pour sauver les autres. (« sauveur »)
  • elles pensent qu’on a besoin d’elles qu’elles font du bien autour d’elles, mais fatalement elles trouvent qu’on ne les respecte pas. Elle se sentent trahies quand on ne leur témoigne pas de gratitude et redeviennent alors « victimes ».
  • Les carpes ne participent pas au jeu, empêchent les autres de gagner, n’achèvent jamais rien, sabotent le jeu, jouent le rôle du « bon gars »et deviennent un problème.
  • Le désengagement des carpes les oblige à commettre leurs erreurs seules; il les empeche de profiter de l’expérience des autres.

Les carpes disent:

"J’ai été impuissant et je le serai toujours", 
"Ma souffrance n’est pas vaine", 
"Dans la vie il faut perdre", 
"Tous les gains importants comportent un partie de sacrifice".

LES requins

Mainmise et compromis
  • Les requins pensent que nous vivons dans un monde de pénurie.
  • C’est pourquoi ils ont l’intention d’obtenir un maximum quoi qu’il arrive.
  • Les requins croient nécessaires qu’il y ait un perdant, et ils sont résolus à ce que ce ne soit pas eux.
  • Ainsi ils deviennent des « persécuteurs ».
  • Les requins deviennent dépendants du jeu de la pénurie et ils inventent des systèmes et des organisations qui créent une dépendance.
  • Ce qui caractérise les stratégies des requins
    • l’arnaque (pour éviter d’être blâmé)
    • le brouillard (pour se camoufler)
    • le déni (pour éviter la réalité des événements)
    • la supposition (pour avoir toujours raison)
    • le besoin de contrôle
    • l’égocentrisme
    • la mainmise
  • Les requins n’ont pas une espérance de vie plus longue que les carpes, contrairement à ce que l’on pourrait penser, une fois le stock des victimes faciles épuisé, et la liste des ennemis de plus en plus longue.
  • Leurs chances de survie dans le bassin ne sont pas plus importantes.
  • La seule manière de s’en tirer individuellement pour les requins est d’opter pour la stratégie du compromis, en désespoir de cause.

Les requins disent:

"Après tout dans le monde c’est la loi de la jungle", 
"Je t’avais prévenu", 
"La compétition est inévitable",
"La compétition nous pousse à donner le meilleur de nous-même", "La compétition est le seul moyen de s’amuser", 
"La compétition forme le caractère". 

Les dauphins

Les seuls animaux qui peuvent être fatals aux requins
  • Les dauphins se développent dans un environnement rude.
  • Les dauphins restent vigilants, analysent les courants, recherchent les indices, surveillent l’évolution de la situation.
  • Les dauphins nagent dans n’importe quel océan, courant ou bassin.
  • Ils agissent en groupe ou agissent avec compétence quand ils sont seuls.
  • Quand quelque chose ne marche pas, les dauphins poursuivent implacablement quelque-chose d’autre, quelque-chose qui marche.
  • Les dauphins peuvent, au besoin, attaquer mortellement le requin.
  • Les dauphins ne sont pas très attachés à une idéologie mais savent être très politiques.
  • Les dauphins aiment gagner mais n’ont pas besoin que vous perdiez.
  • Les dauphins disent la vérité et évitent de gaspiller du temps dans les drames inutiles.
  • Les dauphins ont une vision claire de ce qu’ils souhaitent mais ne sont pas kamikazes pour autant.
  • Les dauphins usent de représailles, mais pardonnent aussi rapidement car la rancune n’est qu’un obstacle artificiel qui finit par être insupportable dans un univers créateur et fluide.
  • Les dauphins croient à la possibilité d’une pénurie comme à la possibilité de l’abondance. Comme ils croient que les deux sont accessibles, qu’ils ont le choix, ils peuvent se servir de ce qu’ils ont comme d’un levier et exploiter leurs ressources de façon élégante, flexible, en faisant  « plus avec moins » ce qui est leur pierre angulaire.
  • Les dauphins sont ce que le comportement qu’ils ont choisi leur permet d’être, quand les autres pensent qu’ils sont leur comportement.

Les dauphin disent:

"Il nous faut apprendre à surfer sur la vague",
"Il nous faut apprendre à créer des visions irrésistibles et à agir sur elles",
"Il nous faut apprendre à changer de jeu",
"Il nous faut acquérir une estime de soi solide",
"Il nous faut apprendre à travailler en coopération",
"Il nous faut chercher par-dessus tout à faire plus avec moins",
"Il nous faut apprendre à nous ouvrir à la surprise et au futur", 
"Il nous faut assumer notre responsabilité",
"Il nous faut découvrir notre but ultime personnel et chercher à l’atteindre".

Les carpes et les requins sont en danger dans notre monde parce qu’ils croient que leur survie résulte de leurs comportements.

Placés devant la nécessité de changer, ils leur est typique de s’enfoncer encore plus profondément dans leurs comportements. Ils tentent de faire la même chose mais plus intensément.

Alors que les dauphins croient en leur propre valeur indépendamment de leurs comportements, et n’hésitent pas à faire des percées vers d’autres bassins…


Nous avons été formatés pour réfléchir en carpe ou en requin. Il est normal d’en avoir des réflexes. Mais nous pouvons réfléchir à une autre manière de penser, et devenir le dauphin qui sommeille en nous.

L’obsession du diagnostic

La semaine dernière j’ai eu la chance de pouvoir me rendre au Salon du management. Après une littérature pléthorique, et quelques MOOCs, la Maison du Management ouvre ses portes et lance son premier salon sur la question managériale.

J’y ai retrouvé les questions généralistes sur l’état de l’art : Qui sont les managers? Comment augmenter l’efficacité des managers? Comment les aider à accompagner le changement? etc.

Je voudrais revenir sur une chose  qui m’a  beaucoup frappée  durant cette journée, et que je vous propose de re-questionner :

L’obsession du diagnostic

Dans ma promenade entre exposants, conférences, et ateliers, j’ai beaucoup entendu le mot « diagnostic », comme première phase à tout projet de transformation. « Phase préalable », « première étape », « base sur laquelle on pourra s’appuyer ».

« Le diagnostic est le raisonnement menant à l’identification de la cause (l’origine) d’une défaillance, ou  d’un problème ». (Dictionnaire Larousse)

Si je viens avec un projet de transformation de mon organisation, il parait logique qu’un consultant me dise qu’il devra observer mon organisation, identifier grâce à son expérience et sa méthode la ou les causes de ses difficultés, et qu’il me proposera un plan d’action découlant de son diagnostic pour réaliser le changement que je souhaite.

Logique? Et pourtant,  voilà les risques que je vois poindre dans une telle démarche (que j’ai moi-même pratiqué sans réserve pendant des années de gestion de projet) :

  • Lorsque l’on cherche « les points faibles et les points forts » d’une organisation, d’un espace ou d’un fonctionnement, …en fait on cherche les points faibles. Nous avons cette culture qui fait que l’on ne sait pas très bien évaluer les choses qui fonctionnent (elles sont oubliées, devenues transparentes puisqu’elles marchent…) mais bien pointer celles qui sont défaillantes. A cela se rajoute une autre de nos habitudes, qui est de penser que nous devons absolument compenser nos points faibles plutôt que « tout miser » sur nos points forts. Or.. quelle perte de temps pour un résultat médiocre alors que nous aurions pu améliorer encore et faire rayonner nos « points forts »…!

 

  • Deuxième risque: en faisant avant toute chose un diagnostic le plus exhaustif possible, nous allons rechercher tous les problèmes, peut-être même en créer, et au final risquer de nous noyer dedans. Comment allons-nous faire maintenant pour trier tout cela, rester motivé et parvenir à un résultat satisfaisant?

 

  • Enfin lorsque nous cherchons la cause du problème, nous partons du principe que son éradication permettra la disparition du problème lui-même. Et ça je n’y crois pas.

Nous sommes très habitués culturellement au lien de cause à effet; or la réalité est tout autre. Et chercher les responsables ne règle pas les problèmes.

Ce qui solutionne les problèmes, c’est de les identifier, de les questionner, d’aller chercher le « problème sous le problème », de savoir où l’on veut aller pour comprendre ce qui nous empêche d’y aller. 

Mon intuition c’est que la vraie question ce n’est pas qui (ou quoi) est responsable du problème, mais de comprendre comment nous avons construit quelque chose qui nous empêche maintenant d’aller là où nous le souhaitons. Une fois que nous avons compris cela,une fois munis de ces précieuses informations, nous pouvons construire la stratégie qui nous mènera à notre objectif.

Si je poussais cette intuition plus loin, au niveau du projet lui-même: est-il possible de se lancer dans un projet sans faire de diagnostic préalable? Que pourrait-on faire à la place? Quelles questions pourrions-nous nous poser en première phase?

J’attends vos avis, vos questions ou vos exemples en commentaire pour que nous sortions de ces abstractions hypothétiques et que nous puissions imaginer si un travail sans diagnostic est possible! #intuitionàvérifier

Polar et management

Vous le savez je suis fan de polar …Mis à part le suspens, l’intrigue, les rebondissements propres au genre, il y a dans ce type de littérature des ingrédients à haute dose qui me fascinent:

  • découverte de facettes de personnalité inconnues jusqu’alors
  • adaptabilité à la situation présente poussée à l’extrême
  • Haute valeur de l’intuition et vérification scientifique des hypothèse
  • Sortie du cadre obligatoire pour voir la situation autrement et espérer trouver une solution
  • prises de conscience et transformation de soi..

Alors voici un article dédié aux lecteurs de Fred Vargas sur l’intelligence collective dans l’équipe d’Adamsberg :

Par Antoine Brachet, c’est brillant et c’est ICI

Bonne lecture!

Cadeau du week-end!

Voici un petit kit de dépannage à  avoir avec vous en cas de coup de blues, perte de confiance brutale, auto-sabotage peur ou panne d’inspiration.

 

Dans ce guide, vous apprendrez à  :

  • Vous reconnecter en douceur, et construire vos rituels,
  • Repérer et neutraliser le virus qui sabote votre confiance,
  • Retrouver le code de la créativité,
  • faire un check-up complet de votre vie perso & pro,
  • construire vos indicateurs.

Le guide à  emmener partout pour pouvoir se ressourcer en toutes circonstances

Indiquez votre nom et votre e-mail et vous recevrez un message vous donnant accès au guide du Troubleshooting. Attention! le message met parfois quelques temps à arriver…

Le côté obscur du collectif- HBR

Voici un article tout-à-fait passionnant sur les pièges du collectif -qui fait écho aux posts précédents sur le management d’équipes créatives-.

On peut citer le poids de la norme en premier lieu, puis le sentiment d’appartenance… Je vous laisse découvrir, et je reviendrai dans un prochain billet sur ces notions qui ont été par ailleurs développées dans un autre livre passionnant: « Influence et manipulation » de R.Cialdini.

L’article de Harvard Business Revue ICI