L’Atelier de retour d’expérience

Figure imposée des manuels de management de projet, le REX  ou AREX (atelier de retour d’expérience) est  souvent méconnu et sous-utilisé. Pourtant, c’est un outil de management réflexif très puissant, une méthode d’apprentissage, et aussi un temps de reconnaissance au sens propre. 

C’est également un outil de régulation du système (l’équipe, l’entreprise..), c’est-à-dire qui permet d’avancer de manière pragmatique, souple, et créative plutôt que  faire « toujours plus de la même chose » sans savoir quoi faire des dysfonctionnements constatés.

Le REX permet de quitter la conformité pour aller vers la cohérence.

À  quoi cela sert-il?

Il s’agit de prendre conscience et de modéliser ce qui a été efficace, mais aussi d’ imaginer la manière d’améliorer ce qui a moins bien fonctionné; et ainsi, petit à petit, apprendre et progresser, individuellement et collectivement.

Le plus souvent on l’organise à la fin d’un projet avant d’en commencer un autre,  lorsque l’on veut mettre au point certaines pratiques, ou résoudre un problème.

Un retour d’expérience se pratique sous la forme d’un atelier avec des objectifs concrets définis . Comme tout atelier, celui-ci se prépare, s’organise et doit être suivi.

Pourquoi c’est très puissant?
  • Parce que cela permet de faire remonter du terrain la réalité des choses, et que cette réalité est la matière première indispensable à toute réflexion ou toute stratégie; ça garantit en quelque sorte, de ne pas faire de contre-sens sur une pratique.
  • Parce que cela permet d’avoir un vision globale sur un projet, une situation, un processus.
  • Parce qu’un REX travaille sur les faits, les fonctionnements, les savoirs, les savoirs-faire, et les comportements, ce qui  participe à enrichir la culture de l’entreprise et affiner son identité.
  • Parce que le but n’est pas de comprendre pourquoi il y a des dysfonctionnement, mais quoi faire pour améliorer le processus.
  • Parce que cela répond à des besoins.
Comment organiser un AREX?

1ère étape : la discussion avec le commanditaire

Au démarrage du dernier AREX que j’ai animé auprès d’une équipe dans le secteur du BTP, voici les points saillants qui sont ressortis: l’équipe d’une vingtaine de personne avait travaillé sur un projet national impliquant des communication à distance entre les membres pendant un an, selon de nouvelles méthodes de management de projet, et sous la conduite d’un chef de projet dédié.

Les enjeux principaux de ce retour d’expérience étaient, à la fin de la discussion avec le commanditaire:

  • la possibilité pour les personnes de l’équipe de s’exprimer sans tabou;
  •  faire le parallèle entre l’apprentissage et la mise en pratique;
  • un plan d’action concret pour ancrer les bonnes pratiques.

2ème étape : la construction de l’atelier

Les trois thématiques retenues pour organiser les réflexions étaient:

  • Ce qui relève du travail en équipe (compétences comportementales, synergie)
  • Ce qui relève des outils (mis en place ou non)
  • Ce qui relève du rôle et de la posture du chef de projet

3ème étape: l’animation de la séance

L’atelier comporte quatre étapes:

  • la clarification des objectifs
  • le recueil des informations et de l’expression des participants
  • la formulation de propositions
  • la définition des actions à lancer
Et qu’est-ce qu’on en retient?

Le groupe s’est réuni avec deux élans : la joie collective de se retrouver ensembles au même moment (je rappelle que cette équipe est disséminée sur toute la France), et en même temps la peur individuelle d’être jugée dans ses pratique professionnelles;

Une équipe qui a besoin de parler, de « vider son sac »

C’est d’autant plus interessant que le projet sur laquelle elle a travaillé s’est bien passé et a été livré comme convenu. Les personnes se sont bien entendues et ont bien travaillé ensembles. Donc ce besoin n’est pas lié à un résultat.

Les personnes ont eu « peur de ne pas y arriver d’une part », et ont été « maltraités par les clients » d’autre part. Partager cela, leur a permis de formuler par la suite des propositions concrètes sur le soutien dont ils avaient besoin et  d’envisager un temps dans leur réunions consacré à la réassurance sur des sujets liés à la techniques, liés à la réglementation, mais aussi liés à la relation avec le client et avec la hiérarchie.

Une équipe qui partage ses tours de main

Les propositions de travail qui ont été faites à l’issu du recueil des informations sont les suivantes:

  • travailler la communication
  • bien assimiler les attentes du contrat
  • créer un outil de gestion de projet commun
  • centraliser les fichiers clients
  • rendre les conf-call plus efficaces
  • désigner des référents techniques et des référents métiers par mission

Ces propositions peuvent sembler très classiques synthétisées de la sorte; mais elles sont le fruit d’informations, de faits, de comportements ou de processus qui ont été vécus qui sont exprimés concrètement; elles projettent les personnes dans un futur souhaité pragmatique, issu de cette première l’expérience de travail en commun.

Ce qui a été partagé ici ne sont pas des grands thèmes de management, mais des questions qui ont été soulevées par l’observation des connaissances de chacun, de la manière de faire de certains, et de l’impact que tout cela avait sur les différents acteurs du projet. (vision globale du projet)

Une équipe suivie

Sur ces six propositions, 3 ont été choisies pour être approfondies et donner lieu à de véritables plans d’action.

On le sait, le risque de ces ateliers de travail réside dans le suivi qui est fait ou non des propositions émises par le groupe. Si les plans ne sont pas suivis d’action, l’atelier aura perdu toute crédibilité, et ne se réunira plus.

Or c’est dans la répétition des AREX que se trouve la capacité des personnes à se réguler en autonomie, d’exercer leur souplesse et leurs créativité pour créer une dynamique (une gymnastique!) de progression pas à pas.

Lors de cet atelier, l’équipe a souhaité que leur direction assiste aux échanges et au travail. La direction en question a travaillé avec le groupe, a découvert plusieurs aspects de la mission dont elle n’avait pas conscience, a pris des notes, et spontanément à la fin de l’atelier a proposé à son tour son plan d’action pour soutenir les plans d’action qui avaient été présentés.

L’équipe se sentait suffisamment mûre pour souhaiter cette présence, et de son coté la direction était claire sur sa volonté de participer à faire progresser son équipe.

En conclusion

Un AREX est un formidable moyen de travailler en commun sur des objectifs  précis et en même temps sortir du cadre de la production quotidienne. Cela permet de fabriquer des modèles à partir des expériences, c’est-à-dire de créer ses outils à sa main.

Il y a la-dedans quelque chose qui relève de la culture et qui construit petit à petit son identité propre et unique à une équipe, et à une entreprise.

La Rencontre

« Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. »Victor Hugo

Il y a des rencontres qui changent notre vie. La plupart du temps, et à moins d’événements extérieurs frappants, tous les grands changements de notre existence ont été initiés  par une rencontre.

Albert Camus, dans Le premier homme, raconte son enfance et la rencontre décisive avec son instituteur qui a cru en lui permit d’entrer au lycée. Pour quel destin!

Nos vies, leurs virages, leurs accélérations, leurs pauses, peuvent être relatés par les rencontres qui les ont ponctués. Amours, grandes amitiés, mentors, professeurs, partenaires, enfants…. mais aussi personne oubliée dont il nous reste la phrase, le regard ou la présence qui a changé notre trajectoire.

Les rencontres ont ce pouvoir: influer les trajectoires. Elles peuvent contrarier les projets les plus sûrs, ou au contraire accélérer le temps. Elles peuvent détruire ou démultiplier. Elles nous demandent de nous positionner, de nous engager, par leur pouvoir d’attraction.

Une rencontre est une promesse de futur différent. Une promesse de changement. Cette expérience n’a rien à voir avec le fait d’être timide ou pas, extraverti ou introverti. Elle est parfois fortuite, parfois provoquée,  instantanée ou sur la durée, mais aura cette influence sur nous qui nous fera la décrire ensuite comme le point de départ, l’origine.

Partant de cette expérience concrète si souvent relatée, qu’une rencontre est à l’origine d’une nouvelle idée, d’une nouvelle façon de voir, d’une solution, d’une énergie ou d’une certitude, il est intéressant de se demander comment elle advient dans la vie professionnelle et dans l’entreprise.

Et si, … au-delà des process, des organisations, des événements de l’entreprise, on pouvait favoriser les rencontres au-delà des rendez-vous connus, au-delà des hiérarchies et des habitudes?

Le networking? Pour échapper au monde des sites de rencontres amoureuses, le « networking » a insisté sur le but de faire des rencontres pour construire un réseau professionnel et trouver à terme le travail souhaité. Les personnes rencontrées ne sont pas le fruit du hasard, mais ont des positions, des compétences ou des relations que nous imaginons pouvoir servir nos propres projets. Dans le networking, rencontrer les autres est l’action à faire. Dans la rencontre, l’action nait de cette rencontre.

La « rencontre » a un caractère hasardeux, relève de la « sérendipité » (c’est-à-dire du don de faire des trouvailles par hasard), mais surtout, surtout, son résultat, ou ce qu’elle produit est totalement imprévisible. Elle a un caractère émotionnel, cognitif, et physique en même temps.

Il est difficile de faire le projet de favoriser quelque chose de si imprévisible dans un monde concentré sur la maîtrise du risque, et où succès et performance ont une place si prépondérante.

Il est difficile de vouloir favoriser quelque chose qui a plus de rapport avec la « rencontre amoureuse » par son caractère intuitif, qu’avec un « entretien d’évaluation » professionnel bien cadré dans le milieu professionnel.

Et pourtant, lorsqu’elle se produit, son effet est si puissant, sa capacité à transformer est telle, personnellement et professionnellement, qu’il semble indispensable de lui créer des espaces propices, et notamment dans le monde du travail en pleine mutation.  Rencontrer, avoir accès, découvrir, être surpris, écouter, s’imprégner, imaginer, … comment donner ces occasions à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation?

La rencontre est une liberté, un traie de génie humain. 

Et vous, quelles ont été les rencontres marquantes de votre vie? 

Vous trouverez bientôt sur le blog une page dédiée à la recherche de tous les facteurs, techniques, événements, idées et expérimentations qui peuvent favoriser les Rencontres en ceci qu’elles font partie des plus grandes  forces de changement et de transformation de l’être humain.

 

Le chef de projet et le créatif

Article issu de mon interview sur le site de CREADS le 19.02.18

Tous les jours nous travaillons sur nos projets, nous gagnons des nouveaux projets, nous avons trois projets en cours… bref, un projet c’est un travail, une mission ,un client, des échéances, un livrable, une création, des étapes, des tâches et.. un chef de projet.

Vous.

Le mot est tellement entré dans notre vocabulaire quotidien, qu’il ne me serait même pas venue à l’idée de le questionner jusqu’à ce qu’on me demande de former des personnes au management de projet.

A cette occasion, je me suis rendue compte que certains aspects du management de projet n’étaient pas assez maîtrisés, et que cela pouvait gravement nuire au projet lui-même et surtout à celui qui est censé le piloter.

Remettons les choses dans l’ordre, même si ce n’est pas toujours facile.

Qu’est-ce qu’un projet? Un risque.

Il y a plusieurs caractéristiques au projet , certaines vous paraîtront évidentes, d’autres moins.

  • Un projet vis à créer quelque chose de nouveau (pour nous créatifs, c’est la base!);
  • …et de spécifique (pas de copier-coller);
  • mais aussi quelque chose de transversal : qui englobe plusieurs métiers; savoir-faire, cultures… (ne serait-ce que celle du client), et donc un travail en équipe;
  • un projet comporte une date de début et une date de fin (pas difficile… mais êtes-vous toujours au clair avec la date de fin?)
  • et enfin un résultat, c’est-à-dire un livrable.

Tout cela semble basique, mais attention! La conséquence de ce que l’on vient d’énoncer, c’est que par nature, un projet est une prise de risque. Même si on sécurise le plus possible les aléas, les données, les processus etc.… nous prenons un risque en nous lançant dans un projet; c’est excitant, et c’est aussi pour cela que nous le faisons;

Mais il est important de le rappeler à nos clients. Le « 0 risque » serait un contre-sens; vous n’y êtes donc pas tenus.

Le métier et le projet : un dédoublement de personnalité obligé

Il y a des personnes dans d’autres secteurs d’activité dont le métier est d’être  « chef de projet ».Pour un créatif, il faut bien séparer les deux aspects:

  • d’un côté le créatif exercera son métier de concepteur (graphique, design web etc.);
  • de l’autre il gérera son projet.

Si l’on ne voit pas cet aspect de management de projet, on prend le risque de ne plus avoir assez de recul pour avoir une vision claire des différentes tâches à effectuer en ne se concentrant que sur sa création;

le projet risquera alors de se faire déborder par le planning, les coûts, les relations avec le clients, les décisions à prendre etc.

Votre « métier » ne tient pas compte du contexte: c’est votre talent, vos connaissances, votre habileté, votre créativité.

Votre « projet » c’est votre métier mis en face d’une réalité, c’est-à-dire votre capacité à prendre des décisions.

Au final vous allez prendre deux personnalités : celle du concepteur et celle du pilote dont la responsabilité est de prendre des décisions pour atterrir correctement en délais, coûts etc.

Le personnage principal du projet c’est le Client

S’il n’y a pas de client, il n’y a pas de projet. C’est lui qui donne l’intention du projet, c’est lui qui en a déterminé les enjeux; et c’est lui encore qui va arbitrer les questions relatives au budget, au planning et au livrable. Vous devez savoir qui est votre client!

Rappel: votre client est la personne qui vous paye. (Ce n'est pas forcément celle qui bénéficie de votre projet).

Allons plus loin!

Dans les projets classiques, on admet facilement que « le client a tous les droits » sur son projet. Après tout, c’est son projet!

Dans un projet créatif, ce qui est compliqué c’est que le créatif considère que cette création lui appartient aussi, en tant qu’auteur.

Cette subtilité lorsqu’elle n’est pas soulevée au départ peut être source de beaucoup de frustrations! Il est important d’avoir les idées (ou le contrat) claires sur ce point.

C’est à mon avis une question de dosage, entre céder aux quatre volontés du client (et se décrédibiliser), ou être intransigeant et avoir un client insatisfait (et donc non pérennisé) .

Soyez exigeant sur votre création, et soyez-le aussi dans les responsabilités réciproques.

Pour synthétiser, je dirais que dans un projet, tout ce qui menace

  • le budget global
  • le planning global
  • le résultat global

tout cela, doit être arbitré par le client.

Le chef de projet créatif lui doit alerter le client quand l’un de ces trois éléments est en péril pour n’importe quelle raison.

Ce qui amène sur le point le plus important avec le client: la relation avec le client est de nature contractuelle. Pourquoi est-ce si important? Parce-que pour autant, ce n’est pas un contrat de subordination. C’est une relation dans laquelle client et chef de projet ont des obligations réciproques.

Et si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article ce serait celle-ci: la garantie pour qu’un projet réussisse réside dans la qualité de la relation entre le responsable du projet et son client. Dans le fait que chacun ait bien compris la nature de sa responsabilité pour faire équipe avec l’autre.

Un petit point de méthode

Pour vous aider à y voir plus clair dans chaque projet et pour vous aider à aller éclaircir les zones de flou au démarrage d’un projet, je vous propose d’établir à chaque démarrage une « fiche projet » ou un « acte de naissance » du projet à garder toujours sur votre dossier ou votre bureau.

Voici les rubriques à créer:

  • Le contexte: C’est le client qui vous le transmet et c’est le « pourquoi du projet »; le résumé de l’avant-projet. comment votre client en est arrivé à imaginer ce projet.
  • Les enjeux du projet: encore un fois c’est le client qui vous les transmet. vous devez être sûr de les avoir compris. C’est ce qui est « en jeu » si le client réalise ou non ce projet
  • l’objectif: là c’est le résultat que vous devez atteindre.
  • le planning global
  • les ressources nécessaires (attention! il ne s’agit pas uniquement du budget mais aussi des ressources humaines et logistiques!
  • les contraintes: ce qui est non-négociable
  • les risques (ce qui pourrait menacer l’objectif, le budget ou les ressources)

L’idéal, c’est que vous puissiez constituer cette fiche projet à l’occasion de votre premier échange avec votre client. De cette manière vous l’aiderez aussi à éclaircir sa demande et sa vision. Vous pourrez commencer une relation d’échange, d’apport réciproque et de confiance.

D’ailleurs, tout bien réfléchi, vous pourriez tout-à-fait utiliser cette trame pour vos projet personnels, où le client… c’est vous!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[ENTREPRISES] Embauchez des créatifs!

Ou si le fait d’attirer des créatifs était le signe que la transformation de votre entreprise a déjà commencé. 

Innovation, changement, transformation…c’est  nécéssaire et c’est complexe.

La remise en question des fonctionnements traditionnels en entreprise est devenu un enjeu majeur et une priorité urgente. Imposée aux esprits par la transformation digitale, par la nécessité de travailler de manière plus agile, par l’accélération des moyens de communication, par la place au coeur du système que prend le client ou l’utilisateur,  et par les métamorphoses des écosystèmes, elle oblige les entreprises à évoluer, à innover et repenser fondamentalement leurs organisations, et leurs modes de management. 

Ces projets de transformations se passent à différents niveaux : organisation, processus, business model d’un côté, pratiques professionnelles, compétences et culture de l’autre.

L’intégration de la génération Y (et X) à l’entreprise est alors souvent considérée comme facteur d’innovation grâce son aisance avec la technologie et les réseaux sociaux, grâce à sa recherche permanente de liberté et de créativité et surtout sa conviction que l’innovation technologique est le moteur de l’innovation .

Or, le critère de génération ne suffit pas pour générer des innovations propres à transformer à la fois l’organisation et la culture de l’entreprise en profondeur.

  • « L ’attribution de comportements selon un âge stéréotype, induit des préjugés et ne prend en compte ni les caractéristiques propres à chaque personnalité, ni l’évolution de l’individu dans le temps. 
  • La dimension spatiale est absente alors que l’on sait que grandir à Paris ou à Beauvais n’aura pas le même impact sur la construction de la personnalité* ». (*Innovation Managériale

Cette conception de génération associant l’innovation à la génération Y (puis X et bientôt Alpha) exclut également de facto les générations précédentes de ce processus de transformation, ce qui me semble tout-à-fait réducteur (Une étude ayant récemment démontré que la génération des 30 – 35 ans était la plus demandeuse de transformation et d’apprentissage en matière d’innovation technologique).

Et surtout un grand frein au changement.

Donc arrêtons de nous focaliser sur la manière de gérer les Y , et demandons-nous qui sont vraiment les porteurs d’innovation?

En 2002, aux Etats-Unis, un géographe-urbaniste – Richard Florida- propose une thèse décapante, qui développe l’idée selon laquelle il existe une corrélation directe entre un haut niveau de développement économique dans une ville, et la présence d’une certaine population urbaine, qualifiée connectée et créative. Pour définir cette population, il invente le concept de « classe créative ».

Bien que ces personnes appartiennent  en majorité à la génération Y, La classe créative dépasserait largement ce critère et rassemblerait

 « Tous ces gens dont la fonction est de créer de nouvelles idées, de nouvelles technologies et du contenu créatif » (* "The Rise of the creative class"-R.Florida 2002 )

Autre différence avec la génération Y, la « classe creative » ( à la manière d’une classe sociale) se rassemblerait spontanément et attirerait les différents groupes qui la structurent à la manière du processus de « fertilisation » qui apporterait à l’endroit où elle se retrouve tous les ingrédients nécéssaire à sa croissance.

Si une entreprise peut les attirer, quel potentiel de développement et de transformation! 

Qui sont les créatifs? Des artistes autant que des ingénieurs…

Ce sont les « travailleurs du savoir » ( Drucker 1969), les agents du changement » (Carter, 1994) dont le rôle productif est entièrement voué à susciter et à encadrer l’innovation.

« La classe créative » symbolise principalement la réunion des compétences, de l’art et de l’ouverture d’esprit. (*dans sa thèse, R. Florida mesure l’ aptitude à la tolérance qui caractérise la creative class par le nombre d’homosexuels présents sur le territoire occupé par les créatifs) 

La « classe créative » est ainsi composée de l’ensemble des individus occupant une profession mobilisant la créativité pour accomplir les tâches productives nécessaire à son exercice. Florida (ibid., 332)

  • Ils apportent avec eux des comportements sociaux créatifs en développant de nouveaux usages
  • Ils créent des communautés apprenantes, convaincus que l’apprentissage est collectif
  • Ils transforment le management et l’aménagement des lieux de travail
  • Ils apportent le développement culturel et artistique au coeur de l’entreprise. 

Depuis 1990, ces professions creatives ont croissance explosive: «The rise of the creative class charts the growth in people who are paid principally to do creative work for a living. These are scientists, engineers, artists, musicians, designers and knowledge based professionals, whom collectively I call “Creative Class”( Forida, 2002) 

Que veulent-ils? La tolérance à la diversité et l’accès à internet.

La classe créative a besoin d’un climat particulier pour s’installer et « coloniser » une ville ou une entreprise.

Tout d’abord la présence d’art dans leur écosystème, puis l’accès aux autres Métiers qui les attirent, et à la Technologie; qualité de vie, ouverture et tolérance à la diversité sont les les valeurs qui les accompagnent.

Belle feuille de route de transformation!

Et vous: attirez-vous les créatifs? 

Voici les 10 choses fondamentales à faire pour attirer et rassembler la « classe créative » (*d’après le Memphis Manifesto) 

  1. Cultiver et récompenser la créativité: chacun fait partie de la chaine de la créativité. La créativité peut advenir n’importe quand, n’importe où, et est en train de se produire dans votre entreprise en ce moment. Regardez-bien
  2. Investissez dans l’écosystème créatif qui inclut les arts, la culture, la vie nocturne, la scène musicale, les restaurants, les artistes, les designers, les innovateurs, les entrepreneurs , les espaces abordables et accessibles, un environnement agréable, spiritualité, éducation, densité, espaces publics et tiers-lieux.
  3. Embrassez la diversité. Elle donne naissance à la créativité, à l’innovation, à l’économie positive. La diversité des personnes contribue à la diversité des idées, des expressions, des talents et des perspectives qui enrichissent les communautés.
  4. Nourrissez les créatifs. Mettez en valeur les connecteurs. Collaborez et soyez compétitifs en embarquant tout le monde.
  5. Valorisez la prise de risque. Convertissez un climat de « NON » en un  climat de « OUI ». Investissez dans la recherche d’opportunité, et non seulement dans la résolution de problème. Puisez la créativité dans les talents, la technologie et l’énergie de votre communauté.Challenger la sagesse conventionnelle.
  6. Soyez authentique. Identifiez votre valeur unique. Osez être différent des autres communautés, réussites à la monoculture et à l’homogénéité. Chaque communauté peut être la bonne communauté.
  7. Investissez dans la qualité de vos locaux. Arts culture, espaces verts et ouverts, quartiers vibrants et centres d’apprentissage peuvent être conçus et renforcés. Ils participeront à faire des communautés plus compétitives que jamais car ils créeront plus d’opportunités que jamais d’avoir de meilleures idées.
  8. Abattez les barrières à la créativité comme la médiocrité, l’intolérance, la déconnection des personnes et des espaces, les mauvaises formations, et les dégradations sociales et spatiales.
  9. Prenez la responsabilité du changement dans votre communauté. Improvisez. Faites que les choses se fassent.
  10. Assurez vous que tout le monde à le droit à la créativité qui est la ressource fondamentale de la communauté

La créative classe est un concept né pour comprendre la géographie de l’innovation. Mais sa transposition sur le territoire de l’entreprise ouvre des pistes pour les projets de transformation des entreprises. Qu’est-ce que cela vous inspire pour votre propre projet? 

Mini Manifesto

« Ton accompagnement est-il uniquement destiné aux personnes créatives? » .. Voilà la magnifique question qui m’a été posée ce matin!

Ma carrière a commencé au sein d’industries créatives. C’est-à-dire « toute industrie qui a pour origine la créativité individuelle, l’habileté et le talent et qui a le potentiel de produire de la richesse et de l’emploi à travers la création et l’exploitation de la propriété intellectuelle ». Pour ma part, ce furent les agences de design, de publicité, de communication, les ateliers graphiques, et les studios d’architecture.

Pendant toutes ces années de management, de coordination, de projets, d’équipes, j’ai pu vérifier certaines spécificités de ces d’entreprises, les voici:

  • Elles sont à l’intersection entre l’économie et la culture ;
  • La créativité au cœur de leur activité ;
  • Elles ont une double nature : économique (génération de richesse et d’emploi) et culturelle (génération de valeurs, de sens et d’identité) ;
  • Leur enjeu principal est l’innovation et le renouvellement créatif ;
  • Elles font face à une demande et des comportements du public difficiles à anticiper ;
  • Elles appartiennent à un secteur marqué par la non-systématisation du salariat comme mode de rémunération du travail et la prédominance de micro-entreprises (*Unesco) 

Ce qu’il faut comprendre c’est que ces spécificités entrainent, plus encore que dans d’autres secteurs, un management et une organisation qui sont sans cesses écartelés entre la production individuelle et le travail collectif, entre l’affirmation de la singularité, et la compréhension fine de la vision du monde de ses clients, entre la création et les impératifs de mise en œuvre, le tout au service du sens du projet et de son auteur.

L’accompagnement des personnes et des équipes à trouver leur propre organisation, à gérer l’urgence chronique, à accepter le conflit, à vivre  leur créativité, à exprimer leurs besoins, à développer leur manière de communiquer avec leurs clients, à trouver leurs axes de développement, bref, à tester leur façon personnelle et efficace de relier les aspects  parfois contradictoires de leurs activités a été ma première mission. « Coach pour les métiers créatifs ».

Ce n’était pas tant le besoin d’être plus créatif que je voulais accompagner que celui de pouvoir faire vivre ensemble, et s’enrichir mutuellement les conditions de la créativité avec les contraintes économiques et organisationnelles.

La deuxième étape de mon accompagnement a débuté à l’occasion du  développement dans l’ensemble des secteurs professionnels ces dernières années de ré-organisations en « mode projet », bien connu dans nos industries créatives. Le passage d’une activité dans laquelle on est expert à une activité de « chef d’orchestre » d’équipe n’a rien d’évident. Et il est très important de pouvoir accompagner ceux qui le souhaitent dans cette évolution de posture.

Ce qui m’a paru en revanche vraiment évident, c’est que si l’on voulait mettre en place ce type d’organisation dans la plupart des secteurs professionnels, c’était qu’on reconnaissait le besoin absolu de créativité pour construire le monde de demain (et donc la nécessité de mettre en place les conditions nécessaires à son existence).

Depuis, j’accompagne des personnes issues des domaines créatifs, mais aussi de l’informatique de l’ESS, de l’ingénierie, des freelances de tous domaines, et des chefs d’entreprises, qui tous, ont en commun de vouloir réduire l’écart entre la situation qu’ils vivent aujourd’hui et celle qu’ils souhaitent, en partant du principe que le design de ce qu’ils souhaitent leur appartient!

Voilà pourquoi j’ai adoré la question de ce matin: OUI, en quelque sorte je n’accompagne que des personnes créatives! Nous créons nos vies, nos pratiques, nos métiers, et mon activité n’existera plus quand chacun abordera les changements de sa vie comme un projet de design 🙂