Experience d’un recrutement atypique

Je suis tombée récemment sur une annonce d’emploi suffisamment originale pour que je m’y arrête;

Un cabinet de conseil cherchait des collaborateurs sur des critères de savoir-être (peu importe d’ailleurs le secteur précis, car à y regarder de plus prêt, ça pourrait fonctionner dans beaucoup de domaines!) tels que :

  • Vous préférez la pratique à la théorie.
  • Vous aimez faire réussir les autres.
  • Vous vous passionnez pour toutes les formes de culture
  • Vous savez animer et improviser
  • Vous aimez confronter vos idées à celles des autres

Et c’est là que ça m’a interpellée:

« Pour postuler, envoyez nous un texte d’une page maximum qui présente une oeuvre de votre choix (livre, film, série TV, BD, etc), ce que vous en tirez sur les relations entre les humains et votre avis sur le sujet. »

Alors je me suis prêtée au jeu… et je vous livre le petit texte que j’ai envoyé à ce cabinet…


« Le restaurant de l’amour retrouvé »  – Ito Ogawa
Le restaurant de l’amour retrouvé, c’est l’histoire d’une résurrection. L’héroïne de ce roman japonais, Rinco, perd d’un coup son petit-ami, ses meubles et … sa voix.  La manière dont, sans voix, elle va trouver sa voie, est l’histoire d’une ré-invention personnelle créative. 

Après le drame, Rinco, est en état de sidération. Elle commence par s’enfuir et réfugier chez sa mère. La seule chose qu’elle emporte de sa vie passée c’est un pot de saumure (ingrédient de la cuisine japonaise) fait par sa grand-mère car la seule compétence que celle-ci  lui a transmise, c’est la cuisine.

Elle décide alors d’ouvrir un restaurant dans cette bourgade éloignée. Rinco ne parle toujours pas et se fait comprendre en écrivant sur des petits billets en papier. Etrangement elle se fait aider et assister dans sa tâche malgré cette communication pour le moins étrange. Dans sa solitude et sa peur, Rinco découvre alors qu’elle peut aider les gens avec sa cuisine.

Et c’est là que se fait la grande transformation: petit à  petit, elle trouve un sens à sa cuisine et ré-invente ses rites, ses matières premières, ses tours de main. Dans son restaurant qui n’a qu’une table,  elle rencontre ses clients plusieurs jours avant de les servir pour comprendre leurs souhaits, exprimés ou non,  et pour que sa cuisine puisse les aider à se transformer.

Les clients sont différents: un jeune couple en manque de confiance, en passant par une famille qui doit se séparer de son grand-père, ou encore une petite fille qui a un lapin anorexique…

Rinco, qui ne reçoit plus d’amour, fait une cuisine qui permet à ses clients de prendre conscience d’eux-mêmes, de changer et de passer un cap… quelqu’il soit. Sans jugement, sans même qu’elle le sache parfois.

Je ne vous raconterai pas la fin! Ce livre n’est pas un livre de management, de développement personnel ou quoi que ce soit de didactique. Mais ce qui m’a frappée et émue, c’est de voir là, très humblement, à la manière d’une histoire pour enfants, comment l’on découvre en nous certaines aptitudes, qui passent du stade de compétence à celui de talent unique lorsqu’on trouve le sens de ce que l’on fait.

Par ailleurs, cette transformation se fait grâce ou malgré un système de communication complètement amputé de la parole, ce qui n’empêche pas l’héroïne de trouver de l’aide, et même de se faire re-connaître auprès des siens et de ses clients.

Cette facette du roman m’a rappelé à quel point notre communication est porteuse de toutes nos croyances et nos prismes; dans ce cas, le fait de la couper net, permet à Rinco de créer quelque chose de totalement neuf et original, qui lui ressemble vraiment.

Enfin, Rinco n’est jamais seule; elle a des alliés, mais est aussi entourée de personnes neutres, voire hostiles. La façon dont elle accepte les choses et dont elle va leur donner sens à travers ce qu’elle offre dans sa cuisine lui permet d’aller à la rencontre de toutes ces personnes et à son tour, de prendre conscience d’elle-même et de se transformer.

Pour conclure, je dirais que ce livre m’a rappelé d’une manière poétique et simple qu’on a tous en nous quelque chose qui peut aider les autres à se transformer; que l’on soit cuisinier, manager, chef d’entreprise ou artisan; et qu’une immense déception, un drame, ou une remise en cause peut être l’opportunité d’un nouveau départ original et personnel. 

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